histoires abracadabrantes

09 juin 2008

 

    " Il faut rire avant que d'être heureux de peur de mourir sans avoir ri "  ( La Bruyère )

                        LE  POSTE  REQUIN


Algérie, secteur de Nemours ( 1956-1957)

Le saviez-vous, en quittant Nemours pour poser nos pieds sur ce piton aride, chauffé à blanc par un soleil sans pitié, que nous allions construire un poste de nos propres mains, en pleine montagne avec une tour de guet, un mur d’enceinte, des créneaux. Bien loin d’égaler, certes, nos grands architectes à l’origine du gothique flamboyant ou même la robustesse des fortifications Vauban ou des casemates de la ligne Maginot il faut reconnaître qu’il avait de la gueule. Nous en étions fiers, sûrement par chauvinisme, mais aussi par la sueur versée.

   

Requin_rassemblement                     

               

Rassemblement avant un départ en opération.

La pacification implique une présence continuelle et un soutien à la population qui se traduit par une aide sociale, morale, alimentaire, médicale et également une protection de cette population  avec la notion  d’autodéfense. C’est la raison pour laquelle, armés de marteaux piqueurs et d’explosifs, nous avions pour mission d’araser ce piton et de construire une base  dans cette région qui n’avait pas vu de présence Française depuis une dizaine d’années.
requin_popote                     

Vue partielle du poste Requin, au fond : les cuisines, la tente des officiers, les douches, et au premier plan, la tente de la première section.

La légion étrangère entretenait  jusqu’à présent une légende de bâtisseurs, Jaubert s’attaqua avec enthousiasme à la démystifier. À tour de rôle, par sections, nous allions transformer ce piton en gruyère.
En 1956  le commando Jaubert, d’un  coup de gueule « Huonesque «  a réinventé l’âge de la pierre, en effet le pain de T.N.T. dans son enveloppe  originelle ne se prête pas à ce genre d’exercice et il fallait donc le rendre pulvérulent avec un instrument contondant, une pierre ou un morceau de roc.
Trois exigences
- Une grande souplesse du poignet, car il s’agit d’explosif puissant.
- Le port du «  chaddor «  pour éviter de respirer cette poussière à base de nitroglycérine.
- Boire du lait qui paraît - il est un antipoison notoire.

Requin_tadjera

          Vue sur le Tadjéra d’une tour du poste Requin

Le doute subsiste encore, car à l’époque un ministre avait imaginé écouler la surproduction laitière en obligeant le bidasse à ingurgiter du lait.
Heureusement, sous la  IV ème république, les gouvernements étaient éphémères et le bon lait de nos bonnes vaches qui n’étaient point folles à l’époque fut transformé en beurre.
La poudre dans le gruyère, un détonateur, un bout de mèche lente, une explosion sourde, d’énormes blocs de  rochers à casser; bien pourvus en masses, pelles, truelles, le poste est né et occupe une surface comparable à celle d’un terrain de foot.
Et puis c’est l’heure du baptême:
Nous sommes avant tout des marins, donc il fallait faire référence à la mer. Des rigolos ont dû proposer:
Morue, Maquereau, peut-être la nostalgie de Chicago aux abords du quai « Cronstadt «  ou de la rue Tubano et pour les anciens, de Cholon.
Ces deux noms de poissons n’ont pas été retenus, le  pacha a dû trancher : Imaginez fort morue, cela manque véritablement de sérieux.
Le terrible prédateur des mers du sud, le mangeur d’hommes qui d’après Furetière : les marins lui ont donné ce nom parce que son voisinage ne laisse aucune espèce de salut et équivaut pour le nageur un véritable «  REQUIEM « .
Le poste fut donc baptisé  :  REQUIN.
Euréka, le 14 08 2006 , un message émanant de BONNERUE Daniel me donne la réponse concernant  « Requin », et ce n’est pas par un pur hasard que l’on a donné ce nom à cet ouvrage qui sera sans aucun doute classé monument historique, mais à la mémoire du lieutenant de Vaisseau REQUIN du 1/DBFM mort au champ d’honneur le 17 03 1957. Pour la petite histoire, ce dernier s’adonnant aux douces joies de l’opium, souvenirs de l’Indochine, aurait été viré de la marine, mais a fait partie des gens qu’on est allé rechercher ( les rappelés) lorsqu’il a fallu mettre le paquet en Algérie, notamment lorsque le CV Pierre Ponchardier commandait la DBFM.  Lors d’un accrochage particulièrement violent avec les Fells, le LV REQUIN a été tué après s’être glorieusement conduit ; une manière de se « racheter » en quelque sorte…  Témoignage: nous nous sommes revus au poste de Béraoun, il était fier d'être à la D B F M, il nous avait dit qu'il voulait aller dans les fusiliers marins. Il a été tué le 17 03 1957, je l'ai vu sur le terrain à l'endroit où il a été touché. Paraît-il qu'il aurait pris des risques comme un voltigeur. Il était très simple et agréable, mais aussi "particulier". (Porée Raymond)

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Le L/V REQUIN en 1952 sur un "Monitor" de la flottille amphibie basée à Haïphong, POREE Raymond est sur la gauche - (Porée Raymond)

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       Le L/V REQUIN

«   Ohé les muchachos, j’apporte le courrier” , un tub des année 50 de Dario Moréno.( Aujourd'hui, 25 03 2009, Georges FERRETTI me signale qu'il ne s'agit pas de Dario Moréno mais d'Henri Genès, et il a raison, chanson: " le facteur de Santa Cruz).
Qui se souvient de cet air entonné par Jaubert lorsque le Morane pointait son nez à l’horizon ?
Au premier passage par temps clair, la grosse libellule nous larguait le sac de courrier. Et puis l’attente angoissante, l’appel de son nom, le soulagement ou la déception. Des nouvelles du pays, d’un proche, d’une petite copine connue à la dernière perm; une lettre, plusieurs, il y avait des Don Juan admirés et jalousés.
Il y a ceux qui lisent et relisent religieusement, qui s’isolent loin des manifestations bruyantes, des propos osés ou grivois, de certains qui font partager leur joie ou  leurs exploits.
Quelques photos circulent, les dernières conquêtes, puis sont rangées soigneusement, amoureusement dans le portefeuille, sur le coeur.
Quelques instants d’indicible joie, d’immense bonheur mais aussi de mélancolie au poste Requin, à quelques encablures de la mer et dominé par la masse imposante du Tadjéra.
La prochaine rotation dans huit jours, en souhaitant du beau temps, il n’y a rien de plus démoralisant que de savoir le coucou tourner au-dessus du piton noyé dans les nuages et malgré les fusées éclairantes, l’entendre s’éloigner, le bruit du moteur décroître et s’éteindre. Il n’y aura pas de courrier aujourd’hui.

Requin_75

Les nuages montent à l’assaut, mais nous sommes bien protégés, un canon de 75 sans recul veille.

La vie un instant suspendue aux ailes de l’aéropostale, version 1956, reprend son cours habituel, l’activité essentielle étant les patrouilles, les opérations et les embuscades. Cet intense effort physique provoquait bien évidemment chez des hommes jeunes, un appétit féroce. La logistique assurée par Nemours nous arrivait par LCVP via Honaïne puis par convoi jusqu’à Requin.
La viande fraîche au départ prenait une couleur bistre et nous parvenait escortée par une myriade de mouches. Qu’à cela ne tienne, il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.
L’armée sert, accompagnant la viande, un légume de choix  :
Pourquoi ? Pour des raisons de surproduction nationale, de conservation, de coût ? Toujours est-il que le fayot au sens propre (et même au sens figuré) est omniprésent. Il faut savoir que le pauvre bidasse tout au long de sa vie de soldat est agressé par le fayot qui provoque des effets dévastateurs sur son estomac, ses intestins et stimule désagréablement le sens olfactif des copains.
Mes amis, je sais que vous ne sentez pas encore le vent venir mais vous  pressentez, car vous êtes très inspirés et intuitifs, par où il va venir.
Pour que cette histoire soit cohérente, il lui faut un fil conducteur et un détonateur, qui placé dans une charge de plastic fit sauter en pleine nuit le point d’eau situé à une centaine de mètres du poste alimentant conjointement ce dernier et un douar à proximité dont les habitants étaient  soignés et les enfants scolarisés par nos soins.
Grande fut la colère du pacha qui, convaincu d’avoir pacifié la région, n’a  pas accepté d’être nargué à domicile.
Des représailles s’ensuivirent, ponctuées par une série d’embuscades dans les environs immédiats du poste. Les premières se passèrent le plus normalement du monde, quatre à six heures de veille sans la moindre trace de rebelles, la routine habituelle, quoi. Mais, au simple soldat, il lui arrive de penser, penser que leur forfait accompli, les rebelles devaient être déjà loin et ne reviendraient  pas de sitôt. Tant et si bien que ce soir-là ce fut la dernière embuscade montée si près du poste Requin. La goutte d’eau ou de bière, le ras-le-bol...........
Nous étions tous tapis, qui derrière un rocher, qui derrière un fourré depuis quelques heures lorsque le phénomène fayot se manifesta.
C’est à ce moment précisément où les yeux du guetteur rougis par la fatigue, gonflés par le sommeil, n’arrivent plus à fixer la zone à surveiller et que des formes indistinctes se mettent à danser, où les membres engourdis par le froid et tétanisés par une position  très inconfortable et définitivement acquise dès la mise  en place de l’embuscade, que le coup de tonnerre éclata sous la forme d’un pet rageur produit par la lente décomposition organique et la mutation du fayot en  gaz.
Il est certain que l’intention au départ n’était pas provocatrice et que le malheureux en pratiquant une poussée verticale ne pensait pas que le volume déplacé, en se référant au fameux principe d’Archimède, (non je ne le dirai pas, la contrepèterie est trop aisée), ferait autant de bruit.
Il faut savoir que, dans une embuscade, le silence est d’or et qu’il faut savoir écraser ces manifestations malodorantes.
Le  moment de stupeur passé, si d’aucuns n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles, il est certain que l’odeur traduisait irrésistiblement l’acte.
Ce qui caractérise les Commandos Marine, c’est une très grande complicité  et cette nuit-là  une solidarité unanime non concertée qui se traduisit par une facilité déconcertante à émettre des bruits incongrus à la demande.
À cette heure matinale ce fut donc une aubade, un concert de flatulences orchestré par le maître pétomane, Thomas dit TOTO et chacun en fonction de son anatomie et de ses capacités, joua son air.
Je n’oserai pas établir de parallèle entre le langage des fleurs et celui que nous évoquons, « nez en moins » et, nonobstant l’odeur, on peut discerner certains traits de caractères flagrants. Pour les érudits, je propose  plutôt : les caractères de La Bruyère.
En résumé  et pour compléter cette étude  bien loin d’être exhaustive il y a l’art et la manière de flatuler. En un mot comme en cent, les artistes côtoient les culs-terreux si je puis m’exprimer ainsi.
La  diversité du pet est fonction de la région où le fayot a poussé, de la terre qui l’a nourri, de la qualité de l’espèce, des aromates qui l’accompagnent mais aussi et surtout de la puissance musculaire et de la virtuosité de l’émetteur.
On distingue donc :
Le noble sans bavure, le bref et sec, le mou, le long avec modulation de fréquence, celui en cascade, en rafale, le musical avec des dièses, le laborieux, le foireux, le mesquin, le furtif, l’élégant, le discret, le viril, le malade, le plaintif, le canaille, le bourru, le prout ma chère (pour mémoire).
Quelques rires fusent, timides tout d’abord, puis vient la délivrance, impossible de se retenir, le crescendo majeur, le fou rire à gorge déployée, la tempête de rire et ce rire tellement communicatif que même Huon dit La Hure a eu un sourire........
............Jaune.
Et ne dites pas que vous ne vous souvenez plus, que la mémoire vous fait défaut, que vous êtes devenus amnésiques, séniles, vieux avant l’âge, déconnectés, moribonds......
Allons les amis chantons encore une fois en choeur :
La FRANCE  est notre mère
C’est elle qui nous nourrit
Avec des pommes de terre
Et des fayots pourris.

Le Mans le 15:11:96

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                LE TRAFALGAR DE PORT – FOUAD



Si  l’on admet que les anglais sont d’excellents soldats, têtus, obstinés, pugnaces, ils sont et resteront toujours très fair- play, sans méfiance et un tantinet crédules.
Ferdinand avait élaboré ce canal pour que nous nous y rencontrions, chacun de son côté comme il se doit car le mélange aurait été explosif, les uns à Port Saïd, les autres, Jaubert à Port Fouad la rive opposée.
Une saine curiosité nous a amené à explorer, tels des Robinson Creusoë , chacun son tour, les quelques îlots à une demi-encablure au milieu du canal.
Pendant que les tommies bataillaient ferme dans la ville assiégée, ce qui leur empêchait d’étendre leur hégémonie dans cette partie du canal, Jaubert s’emparait des îles sans coup férir et sans un coup de feu.
Nous pensions y trouver quelques denrées rares qui nous faisaient défaut à Port Fouad, du pain peut-être pas mais des cigarettes certainement.
Ces îlots étaient aménagés en entrepôts pour y recevoir tout le transit international. Imaginez la caverne d’Ali Baba, la corne d’abondance, le réservoir inépuisable, la source providentielle, Byzance, quoi.
Toute médaille a son revers : tout sauf du pain et des cigarettes.
Dans un élan magistral qui les honore, les anglais prirent rapidement le dessus sur Nasser et toujours mus par ce même élan qui les oblige à consolider et agrandir le commonwealth, faire flotter l’union Jack un peu partout dans le monde, ils vinrent nuitamment visiter nos îles. Mal leur en prit, quelques rafales trouèrent la nuit étoilée et il n’y eu pas d’autres revendications ni incursions intempestives.
Comment surent-ils que le château neuf du pape et le whisky coulaient à flot et que nous manquions de cigarettes?
L’histoire est un éternel recommencement et le troc revint à la  mode.
Le crépuscule venu, les anglais nous apportaient des cigarettes et la monnaie d’échange; le whisky.
C’est ainsi que pendant deux mois un « pont maritime » entre Port Saïd et Port Fouad s’instaura au rythme d’une caisse de whisky contre un paquet de cigarettes sans que le stock de savoureux breuvage n’en soit amputé dangereusement car il y avait de quoi étancher la soif inextinguible de plusieurs régiments écossais.   
De bons rapports s’établirent entre nous et comme l’occasion fait le larron, en toute amitié et sans aucun esprit de revanche, nous avions  décidé d’inviter une « patrouille », le troc ayant un but militaire.
On étale le drapeau égyptien, on met les petits plats dans les grands, service chinois s’il vous plaît, asperges en passant par le crabe, les crevettes, le coeur de palmier, la viande qu’on avait réussi à préserver dans les frigorifiques de Port Fouad incendiés par la légion et des apéritifs, des vins, des alcools du monde entier.
Combien d’heures durèrent nos libations ? toujours est-il que nos invités ayant trop abusés ou n’étant pas suffisamment entraînés à ingurgiter du Nuits-Saint-Georges et du Moët et Chandon sombrèrent dans un coma éthylique qui dura plusieurs heures que nous mîmes à profit.
Tout militaire est attiré par les armes, surtout celles qu’il ne connaît pas. Leurs fusils, était-ce des Enfield , la curiosité aidant il fallait les comparer aux nôtres. Qu’est ce qui ressemble le plus à un fusil qu’un autre fusil me direz-vous? il suffit d’appuyer sur la  queue de détente et ....  bang.
Oui mais le fonctionnement, pour le connaître il faut le démonter et pour démonter une arme il y a toujours un truc et qui trouvera le premier l’astuce?
Entre des mains expertes, le suspense n’a pas duré très longtemps, les fusils anglais ont vite fait de livrer leurs secrets, il s’ensuivit une séance de tir sur la statue du général anglais, Baden Powell, le célèbre fondateur des boys scouts.
On se demande d’ailleurs comment on pouvait faire mouche quand on considère que l’acuité visuelle est inversement proportionnelle à la quantité d’alcool ingurgitée, tout autre soldat que les commandos marine aurait été atteint de cécité en fonction de la dose absorbée. Bons fusils, certes mais excellents tireurs et ce n’est pas l’anglais qui me démentira.
Nous n’avons plus rien à découvrir et notre admiration pour cette arme qui nous a livré sans trop de réticence ses secrets, telle une femme impudique, se dissipe plus rapidement que l’alcool qui a remplacé  le sang dans nos veines.
Un regard dédaigneux sur les soldats endormis de sa très gracieuse majesté, si leur reine les voyait, et nous nous interrogeons sur le passé, l’avenir, on s’en fout bien que les G I  nous attendent à l’autre bout du canal et pas forcément avec des fleurs et que les russes n’ont pas du tout l’intention de nous rendre visite avec de la vodka et du caviar, l’ordre nous étant donné de creuser  des trous individuels sous les L V T  pour nous protéger des M I G.
Revenons au passé, comment ces succédanés de soldats ont-ils pu nous coller la pâtée à Trafalgar et à Mers el Kébir ? EUREKA !!! parce  que nous étions plus ivres qu’eux à ces  moments cruciaux où le ratafia coulait à flot sur nos navires.
La vengeance est un plat qui se mange froid, les culasses des fusils plongèrent dans le canal et nous plantâmes là «  l’armée anglaise ».
On peut considérer avec du recul que la manière employée n’était pas très élégante mais il faut admettre qu’ils sont à ce point insupportables de :
1)    Parler une autre langue que la nôtre
2)    Ne pas avoir adopté le système métrique
3)    Rouler à gauche
4)    Mais là où ils sont le plus impardonnables car la tolérance a ses limites, du temps de la marine à voile, quand le scorbut anéantit des équipages entiers, ils avaient trouvé le remède miraculeux pour combattre efficacement cette maladie : du jus de citron vert mélangé à du rhum. Ces mécréants que dis-je ces assassins ont gardé le secret 50 ans.
Imaginez, nous avons cinquante années de retard sur le : Ti Punch
                         
Port_Fouad

Port-Fouad, avec les commandos anglais, Thomas, Saurel, Billiard, Rossello,Pétrault, Balisson.

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         Et j’entends siffler le train

D’Avril 1953 à 1955 du même mois j’ai souvent voyagé par le train ; Le Mans-Quimper, pour y rejoindre l’école des Pupilles puis celle des Mousses au Dourdy.

Seule note distrayante et attractive, à Auray le chef de gare annonçait d’une voix de stentor en roulant fortement les R : «  Auray, 5 minutes d’arrêt, les pissotières au bout du quai », pas une seule fois en deux ans il n’a manqué à son devoir, un véritable métronome, j’aurais été très déçu qu’il ne manquât ce rendez-vous.

Sur cette ligne je n’ai jamais connu d’aventures extraordinaires, peut-être aurait-il fallu aller jusqu’à La Rochelle ou passer par Camaret…..

Par la suite, ayant épousé la spécialité de fuscos, il me fallait passer par Paris pour rejoindre la base arrière de Toulon à Saint-Mandrier, à l’époque sur le « Fantasque ».
« Passant par Paris, vidant la bouteille,
Un de mes amis me dit à l’oreille …… »

Au Mans, me rejoignaient tous les bretons, ils étaient une palanquée et déjà bien imbibés,  le trajet est long et en Juin ( date importante, vous verrez par la suite), il fait chaud. Le Mans- Paris, 2 heures de chansons paillardes, ça donne soif, alors : buvons un coup, buvons en deux… pour passer le temps…..

Arrivés à Paris, direction la gare de Lyon, le train est bondé, et avec nos sacs marins c’est une véritable galère que de circuler dans le couloir très étroit et embouteillé, en 1956, le confort du PLM en troisième classe était tout ce qu’il y avait de spartiate et était bien loin d’égaler celui de notre actuel T G V . Contre mauvaise fortune il faut faire bon cœur. La plupart des rideaux des compartiments sont tirés, ce qui signifie qu’ils sont complets, que nenni, celui-ci n’est occupé que par quatre personnes : près de la fenêtre, un homme d’une cinquantaine d’années et une demoiselle, 16-17 ans assise en face, le père et la fille certainement, et deux autres femmes, 25-30 ans, jolies et avenantes ma foi.

Nous nous installons à trois matafs, une mémé, 70 berges, très BCBG réussi à s’intercaler dans le dispositif et demande avec beaucoup de délicatesse : » où me mets-je », un de mes deux compères, la gueule enfarinée, mais sans méchanceté aucune lui rétorque : «  mets-je toi là et nous fait plus chier ».

S’i est vrai qu’aux fuscos il ne nous est pas dispensé de cours de savoir-vivre, que le baisemain ne figure pas dans le manuel de démolition par explosifs, et que les bonnes manières n’étaient pas compatibles avec le close-combat, il aurait pu trouver une autre formule moins saignante, ou tout simplement s’abstenir de répondre.
Offusquée, elle s’assied sans mouffeter, et apparemment, mis à part moi, personne ne semble choqué, les deux nanas sont même amusées, quant aux personnes près de la fenêtre elles sont totalement  indifférentes à la scène qui vient de se dérouler sous leurs yeux.

Le train démarre, tout ce petit monde est confortablement installé, les deux potes qui n’ont pas leur langue dans la poche entament une conversation avec les deux nanas, et je m’aperçois rapidement que les propos échangés sont très loin d’évoquer les «  caractères de la Bruyère » ou plus simplement les fables de La Fontaine. Cette dérive verbale atteint très vite des sommets, enfin quand je dis des sommets, c’est plutôt le contraire, on se dirige vers ce qui se situe bien en dessous de la ceinture. La mémé nous lance des regards furibonds mais n’ose rien dire, elle a déjà été rabrouée d’une manière que l’on pourrait qualifier de peu orthodoxe.

Le soleil décline rapidement à l’Ouest, évidemment s’il se lève à l’Est, il ne peut se coucher qu’à l’Ouest, inondant la verte campagne d’une couleur rougeâtre, un merveilleux spectacle que le père et la fille admirent, ignorant les propos égrillards que nos quatre parasitaires échangent sans vergogne ; le papa et sa fille seraient-ils sourds et muets ?

Le soleil a disparu à l’horizon,  vous l’avez deviné puisque tout à l’heure il déclinait, donc tout ce qui décline tend à disparaître, attention les vieux, donc la nuit est tombée, ça va de soi, quoique, il y a des exceptions : les pays nordiques ; revenons à nos lions : l’éclairage est éteint, seule l’ampoule de nuit nous diffuse une lumière pâlotte propice à l’endormissement.

C’est sans compter sur nos deux lascars ; Je disais au début de ce récit que nous étions en Juin, et chaque mois a son importance : en Mai fais ce qu’il te plaît, en Juin les péripatéticiennes parisiennes effectuent le déplacement vers la côte d’azur et pas pour y faire la cueillette des olives, nos deux nanas sont donc des putes. Excellente affaire, et sans beaucoup de préambules, la pénombre aidant, les opérations d’investigations vont bon train. La mémé se rebelle : «  Messieurs, s’il vous plaît… on ne connaîtra jamais la suite, elle est interrompue par un tonitruant : «  dors la vieille et bouche-toi les oreilles ».

Cette fois-ci le père et sa fille ne cachent plus leur désarroi, ils sont peut-être sourds et muets, mais pas aveugles, le père cherche de l’aide, tel un homme tombé à la mer qui s’accroche à une bouée de sauvetage, sa fille est blottie dans son coin, le regard rivé sur la vitre, elle est frêle et adorable à la fois.

Tout jeune j’aimais les romans de cape et d’épée, les trois mousquetaires par exemple, je m’imaginais dans la peau de d’Artagnan, croiser le fer et mourir pour une belle…..
L’occasion fait le larron, là il n’est point question de mourir, peut-être que dans un mois les fells en décideront autrement, dans l’instant il me faut réagir, agir et rapidement.  J’expédie manu militari hors du compartiment les quatre fornicateurs en puissance en leur spécifiant qu’ils seront plus à l’aise dans les chiottes pour accomplir leur mission qu’on appellera «  clitoris » à chaque mission  on attribue un nom, celui-ci me plaît bien, il est très évocateur. Dernier conseil : ne pas y entrer tous les quatre ensemble, le territoire est relativement exigu ;
Ceci dit, et en d’autres circonstances, je n’aurai certainement pas laissé ma part aux chattes, pardon aux chats .

La vieille en larmes me congratule et vient m’embrasser, avouez que je le mérite, je pratique le baisemain, réparation oblige. Elle devient très causante et même curieuse, me demande la signification des deux fusils croisés sur la manche de ma vareuse st s’interroge sur le sigle commando. Elle pourra écrire un bouquin, de Dixmude en passant par Ouistreham, du 1er RFM à la DBFM,  Jaubert, Hubert, de Montfort, de Penfentenyo, Trépel, François, Tempête, Ouragan, Ponchardier, tout y est passé, et j’ai même réussi à convaincre cette vieille dame que seuls, les marins et la légion étrangère se suffisaient largement à eux-mêmes pour former la totalité de l’armée française.

Le sourd-muet se lève et se dirige vers moi, me tendant la main il prononce à ma grande stupéfaction : «  Thank you very much,,i you am obliged »

J’ai compris, leur surdité, leur aphonie, merde ce sont des anglais, je ne pratique pas très bien cette langue, et puis il y a des antécédents qui ne plaident pas en notre faveur, Trafalgar, Mer El Kébir …..

Et «  le v’la t’y pas qu’il me cause en français » hésitant certes, mais compréhensible, la glace est rompue.

- Ils vont en vacances à Nice
- Christine me donne son adresse
- Nous nous écrivons pendant un an
- Je l’aime et c’est réciproque
- Je suis invité à Birmingham
- J’irai leur rendre visite pendant mon mois de perm
- J’attrape 30 jours de taule à Jaubert
- Je ne suis pas allé à Birmingham, mais à la prison du dépôt à Toulon
- Je n’ai jamais revu Christine LLOYD
- J’ai toujours sa photo

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Christine avec son papa

 

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  Christine à Nice

J’entendrai siffler ce train toute ma vie

Le Mans le 09 01 2007

 

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                                LA GRANDE ILLUSION



Dans la marine tout comme dans les autres armes, il est difficile de passer au travers de  certaines corvées.
Dans la marine comme nulle part ailleurs, nous aimons le travail bien fait, surtout lorsque la devise est pensée et dictée par les gradés :
«  Un bon commandeur vaut sept faiseurs ».
Il est normal que les tâches les plus rebutantes soient effectuées par le matelot, aidé en cela par le quartier - maître qui, lui, doit donner l’exemple, aussi dans certaines circonstances adoptent - ils le principe suivant :
«  Mouillé c’est lavé, sec c’est propre ».
1956 - ALGERIE
Une grande propriété au coeur d’un charmant petit village de bord de mer à la frontière marocaine accueille les 90 baroudeurs du commando Jaubert, tous vétérans de l’”Indo », plus le matricule 8137 T 54 tout frais émoulu du stage commando.
Une arrivée feutrée : un commando ne doit pas se faire remarquer, doit être invisible mais présent.
L’heure matinale nous oblige également à respecter le sommeil de toute une population encore endormie et blottie dans les bras de Morphée.
Seuls quelques chiens faméliques au poil jaunâtre, sûrement croisés avec des chacals, aboient furieusement en reculant.
7 heures, Rassemblement :
Défilé à 11 heures
Tenue n° 1
Rompez les rangs, sauf le deuxième groupe de la 2e section
( Mon coeur bondit).
A la mine abattue de mes compagnons, je m’indigne presque, qu’arrive - t - il à ces héros, à ces surhommes, à ces dignes héritiers du n° 4 commando qui s’est illustré à Ouistreham, rechigneraient - ils à partir en embuscade, à casser du «  fell », pourquoi le «  bidel «  s’adresse - t - il à tous ces veules qui ne sont guère enthousiastes pour accomplir une mission, certes dangereuse mais ô combien  exaltante, le rêve même du commando.
Le matricule 8137 T 54 a envie de sortir des rangs et de crier :
Je suis volontaire, je serai le groupe à moi tout seul......
Et le bidel de conclure : les propriétaires nous ont fait l’insigne honneur de nous héberger et la délicatesse de nous autoriser à utiliser leurs W.C.
Si l’on admet que dans la marine la nourriture est plus abondante que dans la biffe, il faut donc prévoir grand et après inspection des lieux, la seule chose qui s’avère nécessaire et dans les plus brefs délais : vider la fosse. Celle - ci, creusée juste après la victoire du duc d’Aumale sur la smalah d Abd El Kadder en 1800 et quelques, est archi pleine.
Maintenant je suis tout à fait sceptique.
Le valeureux matricule 8137 T 54 va, comme il le souhaite, participer à sa première opération en territoire ennemi et suprême honneur, désigné par le bidel comme éclaireur de pointe.
Ici on n’est plus à l’école, le bleu va en ch..... .
Mission très périlleuse car en équilibre instable sur une poutre placée en travers de la fosse, muni d’un seau récalcitrant qu’il faut aider en plongeant le bras jusqu’au coude d’abord puis jusqu’à l’épaule ensuite, la matière fécale devenant plus épaisse et consistante vers le fond, le seau allant de main en main, son contenu déversé dans la remorque d’une jeep.
Il n’y a que le chant pour remonter le moral du soldat pendant l’exercice, au repas c’est la « MOQUE » de rouge, au repos c’est une femme.
- Un chant guerrier : la marche des commandos... dans la M.....
- Une chanson paillarde : la digue du c.. en marchant dans la M......

Qui a eu l’idée, l’audace, le courage d’entonner les fameuses chansons de Boris Vian : «  le tango des bouchers de la Villette et «  le déserteur » que tous les intellos de gauche braillent à Montmartre le soir, chansons interdites dans toutes les armées de France et de Navarre. Il suffit d’ailleurs qu’elles soient défendues pour que tous en connaissent l’air et les  paroles.
Nous n’avons nullement envie de déserter, seulement de nous défouler.
On nous fait de grands signes de loin, le bidel s’agite, gesticule, trépigne, mais personne n’ose s’approcher.
C’est au terme du premier voyage que notre « peau d’lapin » commando qui lui non plus n’a pas inventé le fil à couper le beurre va nous faire découvrir les effets pratiques de la force centrifuge.
Premier voyage donc, traversée du village «  langsam » afin d’éviter les projections : un kilomètre d’asphalte, un peu de déperdition, un bout de chemin caillouteux, tortueux et malaisé avant d’arriver sur la rive d’un oued qui n’a jamais connu de crue, toujours depuis la reddition du grand chef arabe.
Il est inutile de s’arrêter, un simple coup d’oeil suffit pour nous rendre compte que la remorque est vide.
Et c’est ainsi que dans le cerveau étroit de notre trublion toujours à la recherche de la moindre connerie et très étonné de ne pas être encore passé au grade supérieur jaillit l’idée géniale, celle qui allait transformer un désastre en victoire, transcender, transfigurer les hommes, nous relevons la tête en arborant un large sourire.
Le fusilier marin n’est pas le seul soldat à avoir des idées et plus spécialement des idées loufoques, mais il est certainement un des seuls à les exécuter.
Le fusilier marin a hérité de ses lointains ancêtres (les forbans, corsaires, pirates, flibustiers, boucaniers) du courage, de la fierté, du désintéressement, le mépris de la mort et surtout des cons. La corvée est terminée en un temps record, normalement nous sommes exemptés de défilé, mais au grand ahurissement du bidel nous insistons pour y participer.
C’est ainsi qu’en ce jour  mémorable à plus d’un titre, le 14 juillet 1956, le commando Jaubert défile devant des spectateurs très clairsemés se pinçant le nez et sous les seuls applaudissements sincères d’un ancien tirailleur algérien qui a dû perdre l’odorat en gravissant les pentes du mont Cassin.
La rue à cet endroit du village est droite et pourtant le commando louvoie comme la belle poule sortant du goulet de Brest par gros temps sans l’aide du moteur auxiliaire.
Explication : si tant est que le lecteur n’a pas encore compris :
Ce n’est que la concrétisation de l’idée géniale qui s’est traduite sur le parcours urbain  par un slalom effréné ponctué de coups de freins brutaux et de démarrages foudroyants, la remorque ainsi chahutée laissa  répandre son contenu tout le long du trajet du défilé.

37 années après, qui se souvient de cette fameuse corvée ????
J’ai envie de crier : debout les morts et riez avec nous.

 

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                             DESTINATION  SUEZ


suez
Ordre_du_jour
Il était une fois le 6 novembre 1956

Mes amis, il a de cela quarante ans
Pour certains, ils en avaient tout juste dix-huit
Notre vie, c’était la douleur, la sueur et le sang
À cette époque, nous n’avions rien de jésuites.


En pleine nuit c’est le grand  départ
La destination nous est encore inconnue
Nous embarquons sur le Jean Bart
D’après les préparatifs, c’est sûrement un coup tordu.


Le grand  navire fend les flots rageusement
Et pendant la traversée au son du clairon
On sent que nous allons vivre dangereusement
Car nous sommes de corvée de munitions.

Au large de Chypre se profile la grande armada
Nous quittons fiévreusement le J.B. avec notre barda
Et toujours cette lancinante question qui nous tracasse
Où serons-nous, où allons-nous sur ces barquasses.


Couché à même le pont du  L S D  Foudre
Au petit matin l’air marin sent déjà la poudre
La mer est couverte de milliers de bateaux
Le ciel est constellé de drôles d’oiseaux

Au loin on distingue la côte égyptienne
Une immense colonne de fumée noire monte au firmament
Point n’est besoin d’être cartomancienne
Pour deviner la nature de l’évènement.


Serrés comme des sardines dans le char amphibie
La mer houleuse nous asperge d’embruns
Nous ne voyons rien de la rive ennemie
Heureusement nous avons le pied marin


Le débarquement s’effectue sans dommage
Les paras sont venus rôder dans les parages
Nous nous sentons atteints dans notre orgueil
Mais il est faux de dire que nous avons la larme à l’oeil.

D’autant que l’ennemi apparaît
Sous la forme d’un canot, il rame comme plusieurs
Certainement un déserteur qui fuit les Anglais
Pour se faire couler par nos fusils-mitrailleurs.



Si notre participation fut somme toute modeste
Et bien loin de combler nos ambitions
Le seul résultat concret, c’est la vignette
Tradition oblige, on n’a pas failli  d’être con.


Avec bonne humeur, tous les ans à la même date
Sur mon pare-brise, je colle une étiquette
Et il m’arrive souvent de rire à m’en tordre la rate
D’imaginer que sans nous, les vieux seraient dans la disette.


Sécurisé par une puissante force navale
Je me promène, serein le long du canal
Heureux d’avoir mis une déculottée à Nasser
Mais à la réflexion était-ce bien nécessaire?


Que nous reste -t - il de cette campagne peu glorieuse
Au pays des grands rois pharaons
Quelques souvenirs de nature douteuse
Sous l’uniforme des centurions.


S’il vous arrive, en rêve, de revivre cette aventure
Point n’est besoin de brandir le morceau d’étamine
Ayez une pensée pour le bidel, Huon dit la Hure
Figure incontournable des commandos marine.


Toi qui évoquais récemment les celtibères
Guerriers qui ont conquit la France entière
Tu fais partie de ces soldats valeureux
Qui, comme Conan, ne furent pas nombreux


Je sais, il faut se tourner vers l’avenir
Mais la mémoire résiste au temps
Et sans elle, point de souvenirs
A transmettre à nos petits enfants.


Dédié à Debrowski André alias "Popof"

 

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                                  SYSTEME   D

1959, La Calle, Algérie, frontière tunisienne.
«  Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ».
Je l’ai déjà dit, dans la marine nous sommes privilégiés quant à la nourriture.
À la DOP de La Calle, nous dépendons des chasseurs alpins et leurs grandes gapettes n’ont jamais été conçues, malheureusement pour recevoir du rab, les portions étant plus que congrues et des plus médiocres.
Nous formons une troupe très hétérogène d’une quinzaine d’hommes avec à sa tête un commissaire de police, ancien du commando Montfort en Indo, trois marins, deux paras, deux civils pieds-noirs, trois harkis et quelques appelés : un lorrain, un parisien, un basque......
Bien que divisés militairement parlant, le groupe était très soudé, très discret et très efficace et pour être efficace on ne peut pas se contenter de la « boustifaille » des chasseurs.
Tous les matins, les pêcheurs  au lamparo, grande barque plate à l’arrière évasé sur laquelle une énorme lanterne appelée « lamparo »  attirant les poissons comme un aimant, débarquent leur pêche encore toute frétillante. En pleine nuit noire, les lamparos se balancent mollement à l’horizon, au gré des vagues et ressemblent à des lucioles ou à un théâtre de marionnettes, une lumière disparaît une autre naît, c’est un spectacle magique.
Ce bon poisson frais que nous convoitons depuis plusieurs semaines donnerait le change à une morue trop salée et souvent éventée et pour accompagner des rougets grillés sur sarments de vigne, une dorade aux herbes de là - bas dit, ou des calamars à l’huile d’olive, on ne boit pas de l’eau mais du bon vin rosé frais du pays. Tout cela n’est pas donné et il nous faut de l’argent.
Argent = caisse noire.
Le no man’s  land entre La Calle et la frontière tunisienne est giboyeux à souhait, depuis les événements ,  la chasse est interdite.
L’idée est trouvée et acquise, nous allons chasser le sanglier et le canard et ainsi compléter les plats de lentilles aux cailloux et les pâtes trop cuites avec du filet et du magret, vendre le surplus et enrichir notre caisse noire.
Sitôt dit, sitôt fait: deux fusils-mitrailleurs en batterie sur la dune surplombant la route côtière, de l’autre côté c’est la forêt.
22 heures, nous nous postons, vers minuit les gorets sortent de la forêt, méfiants ils attendent, ils se regroupent et en un seul bond franchissent la route et se regroupent au pied de la dune, les petits chênes leur offrent leur nourriture préférée: le gland.
Le vent souffle de l’intérieur vers les dunes là où nous sommes embusqués, le gibier ne sent pas notre présence et s’avance tranquillement vers les gueules noires des deux F M.
Les rafales de traçantes crépitent, ils sont pris dans un faisceau croisé de petits points lumineux mortels qui ne leur laissent aucune chance. Il ne faut pas en tuer trop à la fois, 5 suffiront pour cette nuit, nous les chargeons dans le 4/4 et direction La Calle.
Dépeçage, récupération des filets et des abats, le reste est vendu chez le boucher du village, la caisse noire se remplit, ainsi nous pouvons varier nos menus en achetant du poisson et en dévalisant le caviste du coin.
LE COUP DU ROI :
La chasse au canard est tout à fait différente car réservée aux huiles sur invitations.
Il était totalement impensable que dans une unité normalement constituée (biffins ou chasseurs alpins) on prenne l’initiative de chasser autre chose que ce qui nous était militairement dévolu, depuis 5 années déjà. Imaginez le kilo de paperasses pour obtenir un blanc - seing de la part des autorités civiles et militaires. Il aurait fallu pour cela que la guerre s’éternisât encore une dizaine d’années, il y aurait eu plus de cochons que d’arabes.
La   DOP  ayant une entière liberté de mouvements de par ses « statuts » très spéciaux, lorsque la caisse noire résonnait comme un tam - tam, il suffisait de lancer les invitations: le colon,   lui ne venait jamais car il avait la trouille du gégène, le commandant; le capitaine, le toubib.....
   Quelques gus de chez nous pour assurer la couverture, le coin est mal fréquenté.
     Vous allez assister à la chasse à la  « passée » :
     Toujours dans le no man’s land, un lac bordé d’une forêt, un paradis pour le gibier, il s’agit d’arriver avant le crépuscule, aujourd’hui en plus de ma mitraillette, Quillichini, le commissaire me confie un fusil de chasse, peut -  être me suis - je un jour vanté d’être un fin tireur ? Avant que la nuit ne tombe les canards survolent le lac très haut et à grande vitesse. C’est la première fois que j’ai un fusil à deux coups entre les mains, je piaffe d’impatience, je ronge mon frein et à la force de le ronger il casse laissant libre cours à mes instincts sanguinaires.
   Droit comme un I , à la verticale (le coup du roi), je vise, je tire et le canard tombe à mes pieds.
    Stupeur, stupéfaction, un tout petit, pas même un sous - officier, un presque sans grade, un roturier a réussi ce qu’il y a de plus difficile. J’avoue  être le premier étonné, mais ne le fais pas voir, j’évite de me congratuler, de me serrer la main, de  me taper dans le dos, de m’embrasser, de me décorer car aux dires de ces messieurs les officiers, c’est un pur hasard, il ne pourrait en être autrement.
   Quillichini ne pipe pas, lui n’est sûr de rien, le pot? le  hasard? .
    Ma fierté est durement éprouvée et je fais fi des sourires sarcastiques des invités attribuant à ce coup royal une flopée de bémols, je me dois donc de rééditer ce coup.
    Je vise, je tire et un second canard tombe à mes pieds. À ce moment, on n’en croit pas ses yeux, silence gêné, on va même vérifier si ce pauvre volatile n’a pas succombé à une crise cardiaque, du sang a maculé son beau plumage verdâtre (c’est un col-vert), aucun doute possible c’est encore le coup du roi.
Quillichini arbore un sourire discret. À partir de là plus rien ne m’arrête, j’ai envie de leur faire voir que même les yeux bandés les centaines de canards qui évoluent tout là - haut dans le ciel seront tout - à  - l’heure à mes pieds.
Pauvre imbécile, deux bons canards valent mieux que trois tu l’auras. Troisième essai, le canard est blessé et s’en va choir à une vingtaine de mètres, mon auréole est tombée avec le troisième canard, dans la vase. Ce demi-échec va mettre un terme à ma démonstration qui aura eu comme principal effet d’importuner les officiers qui n’ont pas eu le courage, l’audace, la sportivité de relever le défi de peur de se ridiculiser. La nuit tombe, je prends ma place en protection du groupe, c’est le moment précis où le canard va rejoindre l’élément liquide pour étancher sa soif et se garnir le gésier.
En décrivant de larges cercles, il descend lentement vers le lac et à quelques mètres de la surface, suspend son vol une fraction de seconde et s’abat lourdement dans l’eau. C’est cette fraction de seconde qui est mise à profit pour le tirer à bout portant.
Plusieurs sacs seront remplis,   c’est tout bon pour la caisse noire.
Je contemple cette parodie de chasse d’un oeil méprisant, jamais en tant qu’officier, je n’aurais participé à un tel massacre sans avoir relevé le défi d’un  quartier-maître simple. D’ailleurs mes deux canards n’ont pas rejoint le charnier, je les ai gardés jalousement, ils sont morts parce que j’étais un fin tireur et non point attirés dans un guet - apens à l’aide d’un appeau.
Quillichini a eu le grand mérite de me signifier, avec un sourire complice, qu’en de telles occasions, je n’aurais plus le droit de m’exprimer ainsi, pour des raisons de convenances.
Quelques mois après mon retour en métropole, comme quoi le ridicule tue, j’ai appris que le toubib avait été blessé et que l’adjudant para, lui, était mort. Ils attendaient les canards, les rebelles attendaient un plus gros gibier...............

 

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                 ADIEU   CAMARADE



Tout frais émoulu de B E  de fusilier à Sirocco, je n’ai pas encore l’âge requis pour effectuer le stage commando qui n’ouvre ses portes qu’à partir de 18 ans révolus.
Je rejoins donc la métropole à Toulon sur le Fantasque, ancien contre - torpilleur rapide devenu une poubelle flottante, base à  « terre » des commandos à Saint - Mandrier.
Quai Cronstadt, j’embarque sur le « Pipady », barcasse poussive qui a du mal à fendre le clapotis de la merveilleuse baie de Toulon. Le Fantasque est mouillé près de l’école des mécaniciens, je grimpe sur le tas de rouille, un officier deux galons se tient à la coupée, surtout ne pas manquer de saluer le pavillon qui flotte mollement à l’arrière de la vielle baille, première épreuve réussie, l’officier m’invite à le suivre dans une cabine où immédiatement il me donne l’ordre de vider mon sac et de le présenter au carré.
L’inspection de sac  n’est pas ce qui est de plus réjouissant, à vrai dire j’en ai une sainte horreur, tout doit être plié 25/25, bien aligné et le matricule de chaque vêtement doit être apparent et clairement marqué. L’officie r m’en impose, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole, il va et vient derrière moi, s’impatiente, se précipite sur mon chef d’oeuvre et d’un geste rageur éparpille mon sac au travers de la carrée en m’enjoignant de le refaire illico - presto, comme le manuel du parfait marin le préconise. Il me plante là en proférant des menaces que je prends forcément très au sérieux.
Un quart d’heure plus tard, un matelot, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole s’avance vers moi en se tordant de rire, content et fier de son coup, ce n’est autre que Rossello, 4 ans de commando, toujours matelot, la crasse de meule, quoi.
En tant qu’anticonformiste, excessif et moqueur tout à la fois, il devient rapidement mon ami. Je ne compte plus les sorties nocturnes au nez et à la barbe d’Arthus, nous faisons le bord non pas par la coupée mais à califourchon sur la chaîne d’ancre qui relie le Fantasque au quai. Avant le stage commando, je m’entraîne déjà au bout sur mer.
Sa vieille Simca 5, telle une Rossinante sillonne les rues de Toulon à la recherche d’esseulées qu’on arrive à tasser sur mes genoux ou dans le coffre, ce n’est qu’une deux places.
Les seules escapades où je suis exclu (trop jeune) : ses  incursions à la B A N  de Saint Mandrier, déguisé en officier, il se fait inviter au mess; un culot monstre.
Après le stage commando, nous nous retrouvons à Jaubert, dans le même groupe, voltigeurs de pointe.
Trente ans plus tard, j’ai appris que Rossello, devenu civil et résident à Alger, sa ville natale, avait été assassiné sur une plage.
OAS ? SAC ? Double jeu ? en cette période trouble et sanglante, ce magicien des coups tordus ne pouvait guère espérer mourir à 90 ans dans son lit.

 

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       UNE CARRIERE MILITAIRE BIEN REMPLIE 

          
Fanion_Jaubert

Présentation du fanion du Commando Jaubert au poste Requin :Balisson, Montjaux, Mahé, Billiard, Meurville.

Un grand principe : dans certaines circonstances et dans certains pays, éviter de boire de l’eau.
Le corollaire : le matricule 8137 T 54 a raté sa carrière parce qu’au poste Requin, un seul parmi nous ne buvait que de l’eau, l’armée du salut ça existe, ça
Je ne lui en veux surtout pas le pauvre d’avoir chopé la polio, je ne me souviens même plus de son nom mais quel dommage quand même de ne pas avoir profité de la vie à 20 ans.
Outre sa qualification de commando, il avait pour mission de servir les officiers.
À son départ, le pacha a jeté son dévolu sur le plus jeune, en l’occurrence moi, l’usage dans la marine lors d’un naufrage et en cas de survie étant de choisir le mousse, c’est le plus tendre donc le plus facile à dévorer.
Statuant sur le fait que le stage de commando n’a aucune équivalence avec celui de commis aux vivres, je me suis donc interdit d’obtempérer malgré l’insistance  paternelle du pacha.
Rien n’y fit malgré la promesse de rejoindre le stage de plongeur démineur prochainement.
Refus d’obéissance = 30 jours fermes.
Rigidité, manque évident de souplesse, pourquoi  ne pas avoir accepté et se faire virer pour incompétence notoire en renversant un plat plein de sauce sur la tenue blanche du commandant, que diable il y a toujours mille façons de se sortir d’une impasse avec un peu d’imagination et d’intelligence, Balisson prend exemple sur nos hommes politiques.
Accompagné de mon ami Pétrault James, « menottes aux poignets, le canon du pistolet sur la tempe, » direction la maritime via Port - Vendres avec un arrêt à Chicago City. La maritime n’a pas voulu m’héberger, ouf, j’ai donc purgé ma  peine au dépôt.
Chicago

Dégagement à « Chicago », Montjaux, Chaudron,Balisson, Paulette(dite Popo) la marraine des commandos, Leresteux, la bella bruna, Castel et Schlutt.

S’amuser, rire, boire… Profiter au maxi … Il n’y aura pas de prochaine fois pour tous… Pas pour le S/M Montjaux.

Retour à Jaubert, par avion, SVP, via Alger puis Oran.
Quelques mois plus tard je suis débarqué définitivement, la prison laisse des traces et il est possible que mon attitude ait pu surprendre désagréablement certains gradés.
Nouvelle affectation :
Amirauté d’Alger où après avoir présenté la hallebarde à un amiral en tournée d’inspection et effectué le même jour devant toute une colonie d’officiers supérieurs parmi lesquels trônait le fameux amiral, une épreuve sportive dont le 100 mètres en deux minutes avec une bière dans la main gauche et un casse - croûte dans la droite, je me suis retrouvé non pas en prison mais au cachot.
C’est ce qu’il ne faut pas faire même si on n’est pas doué pour le sprint et éviter de pique - niquer pendant l’épreuve.
J’avais pourtant bien commencé ma reconversion, maître Lican, un commando m’avait à la bonne, on allait, la nuit, poser des mines factices sur les vedettes rapides de la marine nationale, opération couronnée de succès au grand dam des pachas qui se sont fait tancer par  l’amiral en question.
J’avais été également sélectionné au concours de tir inter - armes, je me mesurais avec les meilleurs de la légion et des bérets rouges et pour des raisons que j’aie toujours ignorées, le concours a été annulé quelques jours avant la visite de l’amiral. Vous concevez ma douleur et ma colère qui, elle, s’est manifestée justement dans ces 100 mètres, j’en avais les jambes coupées mais pas l’appétit.
Jaubert devait effectuer à cette époque une grande lessive, car vint me rejoindre pour mon plus grand malheur, le cosaque des Pyrénées occidentales, Canjouan qui n’avait  pas pour habitude de se laisser marcher sur le bout des orteils, tant et si bien qu’une soirée dansante a mal tourné   et que la P.M. a dû faire venir deux camions remplis de nègres coiffés du béret rouge pour venir à bout de deux énergumènes qui n’avaient d’autres envies que de flirter gentiment.....C’était sans compter sur la pruderie des algéroises que les grosses mains de l’ours mal léché commençaient par importuner.
     RE. CACHOT... ET  RE. MUTATION ......

Toujours l’amirauté d’Alger mais sur les hauteurs, le fort Dupérré, une station radio, responsable en second de la compagnie de garde, que d’honneurs pour un « malfrat », le second maître loge en ville et me délègue souvent ses responsabilités.
Mes pérégrinations à Alger avec  Canjouan sont très coûteuses, ruineuses même, épuisantes et dangereuses, il suffit de rencontrer la légion et de croiser les bérets rouges et l’émeute éclate. Et puis j’ai fait l’acquisition d’un scooter manurhin, je l’ai gardé un mois car je ne pouvais plus supporter les colères de mon ami obligé de descendre à la moindre grimpette pour pousser l’engin, un demi-cheval vapeur ne pouvait pas hisser un quintal de muscles jusqu’au Télémli.
À tour de rôle les appelés de la compagnie de garde vont se libérer de leur angoisse  dans la grande ville blanche, un taxi les prend devant une petite épicerie à 300 mètres du poste.
17 heures, Lombard un marseillais et un Breton en tenue n° 1, après avoir passé, l’inspection deux fois, la cravate avait été remplacée par une chaussette, je dois vous dire que ce n’est pas cette partie de vêtement qui m’a obligé à être intransigeant mais l’odeur qui s’en dégagea  .
Ils, sont déclarés permissionnaires.
Ils franchissent donc la lourde porte du fort avec les recommandations d’usage : retour à l’heure pour éviter de faire le mur, la chienne du QM1 radio a déjà bouffé les trois moutons qu’un capitaine de frégate était venu mettre en pâture chez nous, arrêtons l’hécatombe.....
Quelques minutes plus tard, plusieurs rafales de mitraillette...
Torse nu, pieds nus, en short, je bondis sur un ceinturon où pendouille un MAC50 et pique un 300 mètres en 30 secondes, belle performance mais l’amiral n’est pas présent, adieu la médaille.
Le spectacle n’est pas des plus réjouissant, quatre corps gisent baignant dans leur sang. L’homme et la femme de la petite mercerie sont morts, le breton a une balle dans la poitrine et une autre dans l’épaule, quant au marseillais, c’est plus grave, 5 balles dans le ventre, mais ils vivent.
Un véhicule est en stationnement pas très loin, je demande au conducteur d’embarquer mes deux blessés, il refuse, je dégaine et lui met le canon de l’arme sur la tempe, il obtempère.
Nous franchissons la porte de l’hôpital, le matelot Lombard agonise dans mes bras, je descends à moitié nu, toujours le pistolet à la main.
    ET  RE.. RE.. CACHOT ....
Motif : tenue non réglementaire, et avoir menacé un CRS (le conducteur en civil était un CRS qui, s’il n’avait pas été menacé n’aurait pas prêté  assistance à personne en danger (de mort). Le matelot Lombard est décédé quelques heures plus tard.
    ET  RE.. RE..  MUTATION..
Encore amirauté d’Alger, direction Boufarik, encore une station radio, j’ai raté ma vocation mais également la vacation, vous allez comprendre : Alger - Boufarik : 30 kilomètres, la chaleur est insupportable, il faut boire pour ne  pas se déshydrater  et c’est ma période martini - gin, une vingtaine, ça ne désaltère guère, un peu d’anisette et de bière, je prends le volant de la jeep et arrivée en fanfare je me retourne avec le véhicule devant le bidel. Il y a toujours un bidel, là où il ne faut pas.
ET   RE..  RE.. RE..  CACHOT ET RE. RE. RE MUTATION

Cette fois - ci la coupe est pleine, la marine va se débarrasser de moi définitivement.
11 ème  CHOC - CCI - DOP de la Calle, il ne me reste plus qu’un an à faire.

 

b_ret_noir

J'ai troqué le béret vert contre le béret noir

Année fertile en événements et je peux affirmer que sans notre participation, les succès remportés sur le terrain n’auraient jamais été aussi déterminants et spectaculaires.

La_Calle

En opération à la DOP de La Calle : Accroupis de G à D: BALISSON Jean-Claude avec le 24/29, l’adjudant para: DUGRAVOT, debout de G à D: ???, le jeune Cdo marine,  un sergent biffin, derrière un harki, PELISSIER Gilbert, le commissaire QUILLICHINI, lieutenant pour la circonstance et ancien du commando de Montfort en Indochine (avec une mitraillette Thomson), AVANZA, un chasseur alpin et à droite le lorrain : LE MAL Martin. - ( Balisson Jean-Claude)

LA_CALLE_4

1959 - En patrouille vers Oum-Téboul - (Pélissier Gilbert)

LA_CALLE_5

1959 - Oum-Téboul, de G à D: Le jeune Cdo marine, le parisien, Moussa DACHOUNE,  Sgt PHILIP, PELISSIER Gilbert - (Pélissier Gilbert)

LA_CALLE_6

1959, Oum-Téboul - (Pélissier Gilbert)

LA_CALLE_7

1959, Blandan, Half-Track bien endommagé, mais pas de blessé - (Pélissier Gilbert)

LA_CALLE_8

1959 - Blandan, on ne peut pas dire qu'il a" bonne mine" -  (Pélissier Gilbert)

Pour mémoire, j’ai également fréquenté pendant 8 jours la prison de Bône pour avoir fait manger du chat à un adjudant - chef para, grand défenseur de la nature et des animaux mais également grand pourfendeur d’arabes.
1960, fin de mon lien, direction Bône, Constantine, Alger et Oran où je suis démobilisé.
À ce moment, dernière frayeur, le bidel voit arriver  un être humain, enfin si l’on veut, ça marche sur deux jambes, ça salue et ça parle mais c’est peut-être aussi un martien, non il n’est pas vert et n’a pas d’antennes, il est habillé, mais non il est déguisé, pourtant on n’est pas Mardi gras. Il a un pantalon et une vareuse bleu marine, pas de col bleu, un béret noir, pas de cravate, des pataugas et un grand sac kaki.  D’un revers de main mal assuré, le bidel s’essuie les yeux bouffis par l’alcool, se mouche un grand coup, se gratte la panse, articule quelques mots inaudibles que j’ai l’outrecuidance de lui faire répéter, sa voix s’assure un peu et je comprends qu’il veut savoir de quel régiment je suis et ce que je viens foutre ici, chez les marins bien vêtus, bien propres, bien rasés, bien nourris.
Je lui présente ma feuille de route et décline mon matricule et mon identité, son visage s’empourpre, vire à l’écarlate, son souffle devient court, ses poumons se bloquent, il a un haut le corps et ce qui lui sauve la vie, c’est un hurlement qu’il réussit à extirper de sa cage thoracique, qu’il éructe, qu’il vomit ...........
 
AU    TROU
Il ne comprend pas que l’on puisse se travestir  ainsi, déshonorer la marine, le déshonorer lui, 25 années de carrière à passer son temps à inspecter les permissionnaires, s’attacher à ce que le pli du pantalon fende la bise et que la cravate ne dépasse que de deux doigts, l’Arthus du Fantasque et du Jules Verne au sommet de la gloire et de la puissance.
Je me souviens avoir vécu cette même colère aveugle et imbécile au Dourdy après quelques semaines d’école où le second - maître bosco me demande ce qu’il tient dans sa main ?
J’ai répondu : une ficelle. J’avais tout juste 15 ans et je venais de commettre la première faute impardonnable de ma carrière de marin.
J’ai fréquenté à ce qu’on disait l’école du vice, elle était certainement commandée par des vicieux.
Le bidel n’a pas réussi son coup, je reste calme et un tantinet ironique, ne serait - ce que par le regard, sa colère redouble et il m’expédie manu - militari dans le bureau du capitaine. Il jubile tel le pêcheur qui a ferré le gros, genre requin blanc, je suis même sûr que de jouissance il en a sali son pantalon.
Le capitaine est un homme intelligent, et peut - être ne veut - il  pas s’empoisonner la vie avec un farfelu ravi de l’ire du bidel mais aussi un peu inquiet de la tournure que prennent les évènements.
1)    Il écoute mes explications
2)    Il comprend que je suis un «  enfant abandonné » par la marine et quand je lui dis avoir passé un an dans une DOP, il a une moue significative à la fois réprobatrice et condescendante.
3)    Il admet qu’il n’est pas souhaitable que je regagne la France dans cet accoutrement.
4 )  Enfin il m’autorise à revêtir la tenue civile qui gît au beau milieu de la place d’armes  depuis que le bidel m’a fait vider entièrement mon sac. Encore heureux que je n’avais pas emporté la  « maschine pistole » récupérée sur un « Fell » le mois précédent.
Quelques heures plus tard, les formalités accomplies, la mention : conduite passable, écrite au crayon papier par le capitaine, il ne pouvait décemment faire plus, gommée par le scribouillard de service et remplacée par : très bonne conduite, je franchis l’aubette en civil, arborant un large sourire sous le regard médusé et rageur du bidel.
Je ne regrette rien, si ce n’est avoir quitté Jaubert trop tôt.
Je m’attendais à trouver beaucoup plus de personnes intelligentes dans le civil, que nenni, la banque est un repaire de faux jetons, d’arrivistes, de carriéristes, de spéculateurs et de menteurs.
Cette deuxième partie de ma vie, la vie civile, a été également très mouvementée, mis à part la prison, et encore une fois je ne regrette rien, une petite montée d’adrénaline de temps à autre fortifie le coeur et brise la monotonie.
La troisième partie  va commencer, exactement dans 15 jours, le 13 novembre  1997 à 12 heures....
Ce sera la retraite, du calme Balisson, langsam.....................

 

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                         UNE EMBUSCADE REUSSIE


Un jeune aspirant arrive de la métropole et doit nous rejoindre au poste Requin, via Honaïne par L C V P; Honaïne est un petit village de bord de mer que le poste Requin situé à une dizaine de kilomètres surplombe de ses 600 mètres d’altitude.
Le trajet aller, Requin - Honaïne que l’on qualifie «  ouverture de piste » avec un groupe  équipé de la poêle à frire, un autre qui progresse en couverture sur la pente dominant la piste, une Jeep et un GMC.
Pourquoi tout ce déploiement? simplement parce que le Fell a pour fâcheuse habitude de miner cette piste, mon ami Gilles Gaudin de Penfentenyo a morflé lorsqu’ils sont venus nous remplacer, ainsi que des tirailleurs sénégalais dont la plate-forme du GMC  a été transformée en passoire (une dizaine de morts).
La piste est claire - RAS - le retour se fera dans les véhicules.
Le pacha a concocté un baptême du feu sous la forme d’une embuscade à quelques centaines de mètres du poste Requin.
Un groupe prend position sur les hauteurs, des grenades OF sont piégées à mi-pente et dès que le convoi pointera le bout de son nez, toutes les armes devront tirer au plus près au-dessus des véhicules.
La section montante a reçu des instructions très spéciales de la part du pacha :
1)    Faire croire à l’aspi que la région est infestée de rebelles, ce qui n’est pas tout à fait faux
2)    Lui ôter les balles du chargeur du MAC 50
3)    Dès le début de l’embuscade, répondre par un feu nourri (en l’air)   et arriver en trombe au poste.
Le convoi aborde le dernier virage, un feu d’enfer se déclenche, longues rafales, éclatements des grenades, la totale quoi.
Notre aspi n’est pas au bout de sa peur, de sa stupeur, de sa frayeur, le poste est quasiment déserté, seul, le pacha qui se fait passer pour fou avec sa grande barbe rousse, gesticule et donne des ordres incohérents à des sections imaginaires pour poursuivre les rebelles qui ont attaqué le poste et son second allongé sur une civière et recouvert d’un drap blanc maculé de sang (de poulet) ,  témoignent de l’âpreté et de la férocité du combat.
C’était une embuscade réussie, brève, rapide, intense et comme tableau de chasse :
Un pauvre aspi, blanc, blême, transparent, livide, translucide, encore moins lucide, tremblant, tremblotant, larmoyant, vacillant, trébuchant, ânonnant, et qui n’a même pas pensé une seule seconde à dégainer son arme, la trouille de sa vie....... 

ô! rage, ô! désespoir, ô! vieillesse ennemie, un récent message ( 17 08 2009) me parvient d'un protagoniste qui se souvient particulièrement de cette histoire en tant que participant, lui, réellement blessé, le dos recouvert de mercurochrome. Il s'apitoie sur mon sort, me fait part de son étonnement quant à mes neurones qui foutent le camp à vitesse grand V, c'est la raison pour laquelle je cite Corneille.

Mais non il ne s'agit pas de Corneille, c'est de mon ami VERDURE Georges dont il est question, le seul vrai blessé de cet épisode sanglant, blessé quelques jours auparavant en faisant l'andouille lors d'un rétablissement hasardeux sur le montant un lit picot. Cet acte de bravoure ne fut pas sanctionné par une médaille, mais contribua largement à la justification de cette parodie sanguinolente.

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               LE SOUS - MARIN DE PORT – SAY


Pour  quelles raisons la marine a-t-elle décidé ou la pacha a- t-il demandé qu’on nous livre un DUKW ?
C’est un véhicule amphibie de l’armée américaine qui a eu ses heures de gloire sur tous les théâtres d’opérations de débarquement, pacifique, Normandie, Provence etc... Nous sommes des marins -biffins et comme cet engin a des roues et une hélice nous devions en être les dignes dépositaires.
La livraison a lieu à Nemours et nous allons le convoyer jusqu’à Port Say, petit village de bord de mer à la frontière Marocaine, où si vous avez l’occasion d’y aller un jour, vous dégusterez des haricots de mer accompagnés d’un petit vin rosé bien frais, ne rêvons pas ce n’est pas encore pour demain.
Nous sommes fiers, ce char aquatique fait un peu figure de brontosaure tout au long du trajet où nous croisons des convois de la DBFM et autres armes qui se demandent ce que les bérets verts sont encore entrain de concocter, quels coups tordus vont-ils exécuter avec un engin pareil, les oueds sont à sec, débarquer à Gibraltar paraît peu probable, alors quoi ? On n’ose pas se moquer car l’engin est relativement menaçant avec ses grosses mitrailleuses et ses occupants qui se prennent très au sérieux.
Vitesse de croisière en convoi : 40 kmh, le gros bébé avale les 60 kilomètres sans rechigner, il est vrai que le conducteur n’a pas le pied lourd.
Nous arrivons à bon port ( Port Say) ,  maintenant qu’il a démontré des qualités routières indéniables, vous pensez bien qu’avec cette chaleur caniculaire notre canard a besoin de se ré hydrater et une petite plage à l’extrémité du village nous offre toute la sécurité et le secret voulus pour ce genre d’opération.
La mer est bleue, la mer est d’huile, à quelques centaines de mètres se dresse un rocher, paraît-il couvert de moules.
Le DUKW s’avance lentement dans l’élément liquide comme pour mieux savourer ce moment, maintenant il flotte, un mécanisme intelligent  stoppe les roues et fait tourner l’hélice, il s’éloigne du rivage en direction du rocher qui nous fournira à n’en pas douter le repas du soir.
La marine forme en un tronc commun des fusiliers marins, à l’issue de ce cours (8 mois) deux stages sont proposés :
∑ Celui de commando
∑ Celui d’amphibie
La technique, la conduite d’un engin de débarquement et d’assaut n’ont aucun secret pour le fusilier marin breveté amphibie, le rôle du commando marine se borne quant  à lui à grimper faire le voyage d’un point à un autre, le plus court possible c’est le mieux et à débarquer.
Or qui pilote aujourd’hui ? un commando marine qui tout à la joie d’avoir réussi le premier exploit, franchir les 60 km, était en passe de réaliser le second, naviguer.
Sans pour autant être aussi complexe que le tableau de bord d’un Boeïng 747 il y a quelques manettes et leviers auxquels il ne faut pas toucher lorsque le canard prend son bain et ce qui ne serait pas arrivé avec un amphibie arriva avec un commando, doucement, irrésistiblement comme attiré par la douceur du chant des sirènes de l’île de Caprée, le char s’enfonce dans les flots, la mitrailleuse tel un périscope se dresse vers le ciel implorant une aide, c’est fini, il repose désormais par quelques mètres sur le fond.
Ses occupants nagent vers la plage, tout habillé, un exercice maintes et maintes fois répété pendant le stage commando, ils sont ahuris, consternés et sans moules.
Des ordres fusent, tout n’est pas perdu, le GMC arrive, s’arc-boute sur la plage, le nez face à la mer, on déroule le filin du treuil, on plonge pour l’amarrer au « sous-marin », manoeuvre inverse, on enroule le filin, le moteur du GMC s’affole, le filin d’acier se tend et se rompt, encore quelques tentatives toujours aussi infructueuses et de guerre lasse nous abandonnons.
Le DUKW gît au fond de la mer, ce sera son cimetière pour l’éternité. Mort peut glorieuse à l’image de l’époque et de l’épopée.
Je me pose encore une fois cette question ?
À quoi nous aurait-il servi ?  à aller aux moules ?

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  Après Conan…Balisson le rebelle


Le 11 01 1955 – École des Mousses – Le Dourdy – Loctudy.

Balisson, tu pars ce soir en permission spéciale, ta grand-mère a été renversée par un camion, elle  est décédée aujourd’hui….
Quimper, train de nuit, arrivée au Mans vers 22 heures, il fait nuit noire, mes parents habitent à Mulsanne, petite commune connue mondialement pour son célèbre virage, ah ! mes amis je suis véritablement peiné que vous ne connaissiez pas le virage de Mulsanne, celui des 24 heures du Mans, la course d’endurance la plus connue de tous, mais non, pas de chevaux, de voitures, voyons les gars, vous ramollissez …..
Mulsanne est à une quinzaine de kilomètres de la gare Mancelle, les vieux ( pour moi ce n’est pas péjoratif) ne savent pas que je suis arrivé, impossible de les contacter, pas le téléphone, encore moins de portable, pas d’ordi, ni d’ADSL, pas de cybercafé, on est en 1955.
A 16 ans, pour un futur commando, ce genre d’épreuve ne me rebute pas, 1 Km à pied, ça use, ça use, 15 Km à pied ça use les souliers. Et pas âme qui vive sur cette P…. de nationale 158 reliant Le Mans à Tours, pas un seul véhicule qui ne l’emprunte, faire du stop à cette époque et qui plus est en uniforme, no problème, pas même un obsédé sexuel en quête d’un petit giron de 16 piges, maintenant tu ne peux pas faire 100 mètres esseulé sans te faire, ou molester ou sodomiser ; à 300 mètres de chez mes parents,  sans que je lui fasse signe, et pour cause, un camion s’arrête

- Où vas-tu le mataf ? monte
- Grand merci, mais je suis arrivé
Tout vient à point pour qui sait attendre, il y a des adages que j’exècre.

Deux jours plus tard, retour au Dourdy, en passant par Auray, arrêt incontournable et souvenirs indélébiles, et pour ceux qui s’en souviennent, le chef de gare qui annonçait : « Auray, cinq minutes d’arrêt, les pissotières au bout du quai » avec un accent ben d’chez nous et en roulant les R. Pour avoir fait l’école des Pupilles et des Mousses, j’ai dû emprunter un certain nombre de fois cet itinéraire, et si mes souvenirs ne me trahissent pas, à chaque passage à Auray, c’était toujours le même gugus qui indiquait aux passagers la direction des urinoirs. A cette époque on ne connaissait pas la semaine de 35 heures et les 7 semaines de vacances. Maintenant les annonces sont enregistrées, et c’est une voix suave et langoureuse qui nous prie de vouloir bien attendre deux heures le TGV en provenance de X dans lequel un objet suspect a attiré l’attention d’un contrôleur zélé ( pour une fois pas en grève), juste le temps de déplacer une escouade de CRS, la brigade anti-gang et une section de démineurs ; ( image des temps modernes).

Un véhicule m’attend à Quimper et j’arrive au Dourdy vers minuit ; dans le baraquement Suffren tout le monde dort, les ronflements rageurs du S/M de service que je n’ose déranger n’arrivent même pas à perturber leur sommeil.
Je repère mon hamac, au troisième étage, donc tout en haut, bravo les copains, super sympa, il est à poste, je n’ai plus qu’à me déshabiller et à me coucher, sans bruit, je n’ai pas le droit de réveiller les amis.. et puis je suis fatigué, ce n’était pas une partie de plaisir…
Je commence à sommeiller, et ….. VRANGGGGGGG, le salopard du dessous tire sur la corde ( pour les biffins qui liront cette histoire), sur le bout, pour les marins, mon hamac en position de balançoire de décroche et s’affale sur celui du dessous…
Branle-bas.. Hurlements…Vociférations…Rires…Quolibets…en un mot comme en cent c’est le foutoir complet, il y a ceux qui savent et qui se marrent, et les autres qui, ignorant cette farce, rouspètent. Le bruit s’amplifie, se propage, s’en va crescendo, tant et si bien que le gardien de ces lieux que, dans mon immense mansuétude j’avais laissé dans les bras de Morphée, fait surface, encore tétanisé par l’énorme dose de Gwin-ru qui aurait anesthésié un régiment de polonais, se dirige d’un pas mal assuré vers l’œil de l’ouragan et s’enquiert d’une voix pâteuse de l’identité du délinquant.
Il ne peut s’agir que de Balisson Jean-Claude, chef de Hune, bon élément ( pas pour longtemps), ensuite gabier et après plus rien, c’est ce qui s’appelle tomber de Charybde en Scylla.
Punition : vous allez me dégréer et gréer  votre hamac 10 fois, ensuite vous viendrez me voir. Et ce salaud qui éteint la lumière, ce n’est déjà pas une sinécure que de le faire en plein jour, imaginez dans le noir ?
Bon gré, mal gré, merci les potes, me voilà entrain de me battre avec ces putains de bouts de ficelle, j’ai toujours été fâché avec les nœuds, le seul que je connaisse, c’est celui de retour de campagne…Là, je vous en bouche un coin.
Punition exécutée, satisfait de mon exploit, je me présente  au S/M qui, légèrement dégrisé mais irrité par mon attitude désinvolte et mes réparties quelque peu insolentes, me gratifie d’une autre punition : tenir une règle à une extrémité, l’autre extrémité sur le sol et tourner tout autour…Punition infâmante à mes yeux que je refuse d’exécuter catégoriquement. Son visage s’empourpre (de vin), il n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles, mais je persiste et signe.(Balisson le rebelle).
Je devine dans son regard assassin une envie non dissimulée de me rosser, enfin il se ravise et sort mon dossier… Ah ! il a choisi d’aller chez les Fuscos, eh ! ben, voilà qu’elle est bonne comme idée, vous allez me faire deux heures de pelote au gymnase avec un Mousqueton… Ce fameux Mousqueton qui nous meurtrissait l’épaule au stand de tir lorsque par malheur la crosse n’était pas bien maintenue.
Deux heures de marche en canard avec ce fusil à bout de bras au-dessus de la tête…Epuisé, harassé, mais pas vaincu, jamais vaincu….Une punition d’hommes……

Comme c’est curieux la vie…la mort…. Trois années plus tard j’apprends que ce S/M est décédé  en opérations à la DBFM,  d’une crise cardiaque en crapahutant dans les Djébels.
S’il s’était appliqué ce genre de punition régulièrement, il aurait peut-être connu une mort plus glorieuse ?

Balisson Jean-Claude

Concocté et écrit le 13 08 2006

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Histoire de cirage

Allons les anciens Pupilles, vous êtes dans le cirage , réveillez-vous, souvenez-vous, la boîte de cirage noir, élément essentiel, indispensable, incontournable de la panoplie du parfait marin – Nous était-elle fournie ou fallait-il nous la procurer ? je ne m’en souviens plus .

- Première utilisation noble de cette pâte à base de noir de fumée, mélasse, noix de galle, sulfate de fer et eau, destinée à faire briller et à assouplir les godasses.
- La deuxième, moins académique nous servait à l’aide d’un pochoir à inscrire notre matricule sur les effets, mais ce n’était pas très recommandé.
- Quant à la troisième, encore moins prosaïque, elle était réservée au bizutage, en l’occurrence : « la bite au cirage », jeu institutionnalisé dans beaucoup d’écoles, y compris les plus grandes, dont l’école du vice qui n’a pas échappé à cette règle ancestrale.

Un soir donc,( ce genre d’expéditions se pratiquait la nuit) un groupe d »’anciens », B… à la main, ne gambergez pas, Boîte de cirage à la main se dirige vers la chambrée des « Bleus », choisit arbitrairement une rangée de hamacs, s’y faufile et opère méthodiquement et sans bruit . Il ne faut surtout pas réveiller le gradé, rien à craindre, nos « bleus » sont trop terrorisés pour se manifester et se rebeller.
La clef de la réussite :
- 1- Secret
- 2- Dextérité
- 3- Rapidité
- 4- discrétion

Rien à voir avec le brevet colonial ( du vécu à Jaubert ) si ce n’est qu’il se déroule également nuitamment afin de permettre à la bougie d’assurer pleinement son rôle, ici, dans ce cas le pacha est présent  contresigne cet acte « authentique » certifiant que le récipiendaire a bien été « intronisé » et attestant qu’il n’y aura aucun dégâts collatéraux vu la dose de vaseline employée.

Revenons à nos moutons, ce même soir, me vient une idée aussi géniale que farfelue : enduire la poignée de la porte du gradé de service avec le reste du cirage, sitôt dit, sitôt fait, Balisson est un dégourdi…..
Immanquablement, vers 4 heures du matin le gradé fait sa ronde et retourne se coucher, les quelques conspirateurs se dirigent à pas de loup vers la piaule de celui-ci  et constatent à ses ronflements sonores qu’il dort du sommeil du juste sans s’être aperçu de rien.
Ça a marché…..
Le matin, branle-bas, le S/M déambule dans la chambrée, secoue les hamacs en vociférant, il ressemble à s’y méprendre à un Iroquois, il ne lui manque plus qu’une plume sur la crâne .
Fou rire inextinguible, c’est un vrai délire…..

Le pot aux roses est vite découvert, la compagnie rassemblée sur le balcon est sermonnée et sera punie collectivement.
Grand seigneur, je me dénonce – Punition : une semaine de corvée de patates à trier dans le silo (  remember les Pupilles).
Le second jour, le tri dégénère en bataille rangée, les PdT pourries nous servent de projectiles, je me prends l’ongle du pouce dans une pointe rouillée.
Le sixième jour, le pouce a triplé de volume, direction l’infirmerie, le toubib qui heureusement n’est pas un disciple de Josef Mengélé ( l’ange de la mort) me fait deux piqûres dans le pouce et m’extrait l’ongle. Ce n’est que quelques heures plus tard, lorsque l’anesthésie ne produit plus son effet ,qu’il est possible de se rendre compte ( un tout petit peu) des souffrances qu’ont  enduré certains résistants tombés vivants aux mains des nazis.

A toutes choses, malheur est bon.

Concocté et rédigé le 14 08 2006 
Par Balisson JC

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     UM Alger avec mon ami Canjouan Pierre

Je bondis sur l’occasion qui m’est donnée pour vous narrer une petite histoire. Sans le témoignage d’un marin embarqué sur la P 754 ancrée dans le port d’Alger, je n’aurais jamais osé vous la raconter de peur de passer pour un vantard de première classe.

Voici son CV et son témoignage ( en italique)

loic22
Ecole des mousses
Ecole des Timoniers
E.C Pique
V,C 754
C.P.A 6 (Bougie)
L.S.T Orne
Et Brest , sans intérêt
Après j'ai eu une vie assez intéressante , des mousses à conseiller d'un ministre en Afrique
40 Métiers , 40 pays , et plein de misères

Loïc est sur «  anciens cols bleus »


Canjouan et sans doute toi , vous êtes venus sur la P.754 , celle la même ou tu avais posé des mines sous la coque et dans le poste arrière de O/M , la nuit de Noël 1958 .
Je me souviens de cet événement grâce à toi car personne ne s'en était vanté à bord et surtout pas le Cdt que j'ai contacté ces derniers jours.
Canjouan était impressionnant et quand il est entré dans le poste , il a fallu qu'il se penche sévèrement . Peut être étais- tu avec lui , en tout cas , le mataf qui l'accompagnait faisait tout petit à coté.
Je me souviens de votre exploit car il se disait que le colonel du régiment de paras les avait foutu au trous pour le déshonneur causé à leur régiment .
Je crois me rappeler que l'Amiral était très content malgré tout .
La légende rapporte que vous étiez deux contre 30 et que vous leur aviez fauché leurs ceinturons et que vous n'aviez pas voulu les rendre . Es ce exact .
En tout cas c'est un bon souvenir et la bière était bonne sur la vedette , non ??
Regarde à Noël à Alger dans rechercher

A ++ loic22
loic22 a écrit:Dans mon souvenir , Canjouan avait l'air d'un grand gosse , heureux comme c'est pas permis et toi tu me paraissais un peu teigneux et tous les deux ravis de nous rendre visite .
Je suis content de faire ce lien avec ma mémoire , c'est un bon souvenir
Grâce à vous deux , à Alger lorsque que l'on sortait dès qu'on voyait des paras , je me demandais si on n'allait pas se battre .
C'est dans la rue d'Isly que j'ai eu une des plus belles peurs de ma vie , en passant sur le coté d'une traction , une mitraillette est sortie par la fenêtre arrière et j'ai sauté en l"air en pensant
Je suis foutu , eh ben non



Je m'en vais raconter tout cela avec grand plaisir . J'ai encore , en mémoire , votre entrée dans le poste avant de la vedette
.

Vous avez entre aperçu les aboutissants, il vous faut connaître les tenants.
Le 31 12 1957 le commando Jaubert a décidé de se séparer d’un de ses meilleurs éléments, en l’occurrence : moi…

Dans un premier temps j’ai donc été dirigé vers la compagnie de garde de l’amirauté d’Alger, il lui manquait très certainement une valeur sûre, mais personnellement je ne crois pas que le choix ait été des plus judicieux, surtout lorsque quelques mois plus tard un nouvel arrivant fit son apparition : Canjouan Pierre de 4 ans mon aîné, 1,95 m plus du quintal, l’indo et une voilure adaptée à sa corpulence pour les sauts ( 90 M2).
Une sorte de Chabal puissance 2, l’énorme, la bête de Bayonne, un adorable garçon quand il est dans les bras de Morphée, un grand gamin jovial, une voix et un rire tonitruants, qui aime les filles, la bouffe et toutes sortes de liquides à condition que ce ne soit pas de l’eau. Le bon vivant par excellence.
J’ai compris immédiatement que ma carrière déjà pas mal hypothéquée était désormais terminée. Je ne pouvais décemment pas le laisser seul faire ses conneries.
J’avais acheté un scooter avec lequel nous faisions de longues ballades avec toute l’insouciance de la jeunesse, mais aussi avec une sorte d’invulnérabilité que nous conférait notre état de commandos – Pauvres imbéciles –
Tout allait bien sur le plat mais la grimpette qui s’imposait pour aller au Télemli ( hauteurs d’Alger) devenait plus aléatoire et à mi parcours ma montagne de muscles était obligée de descendre… Un mois plus tard je me séparais de mon scooter, le moteur ayant rendu l’âme.

L’encadrement de la compagnie de garde : un patron, un second et deux QM 2 ( Canjouan et Balisson). La vie de pacha, Pierrot avait l’art et la manière de se mettre les cuistots dans sa poche, et pour cause il avait besoin de calories le mastodonte, ça allait de la triple ration en bouffe, mais où il faisait très fort c’est surtout avec la cambuse, il ne fallait surtout pas lui demander quels étaient les moyens utilisés pour qu’il obtienne de la part des pinardiers autant de facilités, c’était un secret qu’il gardait jalousement.
J’ai bien essayé ( une fois) de le pousser dans ses derniers retranchements en le charriant, mais il a suffit d’une réplique exprimée en basque pour me faire comprendre que la plaisanterie avait suffisamment duré.

Les attentats se multipliant à Alger, un amiral dont je ne me souviens plus du nom nous ordonna un exercice pour sensibiliser les marins des vedettes  qui eux également étaient des cibles potentielles.
Le jour de Noël 1958, moi, amiral machin chouette, ordonne de couler le P 754. Ce qui fut dit fut fait et avec succès. A deux heures du matin ( l’heure fatidique), une mine sous la ligne de flottaison et une autre dans le poste des O/M.
Je ne vous dis pas le ramdam quand l’amiral a été mis au courant de la réussite de la mission, le pacha de la vedette a dû se faire remonter les bretelles, grave.
Le marin Loïc s’en souvient comme si c’était hier…..
Mais il se souvient également de notre mésaventure qui a laissé des traces et sur les corps et dans les esprits et risque de devenir une légende qu’il me faut démystifier dès maintenant.

Non loin de l’amirauté, un dancing, lieu de rendez-vous le plus huppé des algérois et surtout des algéroises qui recherchaient un futur mari, jeune, beau ( ce qui était notre cas) et galonné de préférence ( ce qui était loin d’être le nôtre) – Salopes –
Pour tenter de mettre toutes les chances de notre côté nous nous déguisâmes en civil, ce qui était strictement interdit tout au moins pour des QM2.
A cette époque la mode chez les civils n’était pas aux cheveux courts et comme la tendance à l’amirauté était plutôt «  court devant, ras derrière » il n’était pas aisé de passer inaperçu, d’autant plus que l’un avait l’accent basque et l’autre sarthois. Difficile de passer pour un pied noir.
Notre charme incontestable et le pieux mensonge à révéler que nous étions officiers nous permirent d’emballer chacun une merveilleuse créature ( du sexe opposé) sans opposition et ne s’opposant point à une cour assidue.

L’opposition se manifesta ultérieurement de la part d’un individu en civil qui pointa sous le nez de Canjouan un pistolet en lui intimant l’ordre de cesser ses investigations manuelles sur la partie la plus charnue de sa cavalière ( celle-ci ne s’en plaignant pas ,d’ailleurs) et de partir sur le champ.
Il est bien évident que ce n’est pas dans les rizières et dans les djebels que mon ami a appris les bonnes manières, et les convenances, sa force de persuasion résidait essentiellement dans  ses énormes paluches qu’il savait rendre aussi tendres et câlines dans des circonstances appropriées.
La force de Pierrot se manifestait, bien entendu par sa musculature hors du commun, mais également par le fait qu’il ne réfléchissait pas , mais alors pas du tout, tant et si bien que le gugus, bien avant qu’il n’ait pu esquisser un geste s’est retrouvé désarmé et étendu raide sur le parquet.
S’ensuivit un début de bagarre générale et comme par magie, une patrouille  MP de quatre bérets rouge se pointe et se dirige immédiatement vers nous deux.
Canjouan était un être adorable, il s’accommodait et riait de tout, à deux exceptions près, il bannissait l’eau  et honnissait ceux qui arboraient le béret rouge. Pourquoi le rouge ( mis à part le picrate) alors que cette couleur est représentative du pays basque ?
Et là ce fut le déchaînement, la déroute et une tragédie pour les gars de Bigeard, il a mis en pratique tout ce qu’il avait appris aux commandos, plus la savate et le coup de boule, ses énormes poings fonctionnaient comme des massues ( sur des Massu), il y en avait déjà mis trois au tapis alors que je me bigornais encore avec le quatrième. Un grand coup de lattes dans les roubignoles, on pique leurs ceinturons et au revoir la compagnie.
C’était sans compter sur le chauffeur resté dans la Jeep qui avait bigophoné à toute la PM d’Alger, deux 6/6 remplis de grands nègres casqués et armés de matraques nous attendaient à la sortie.
Nous n’avions plus qu’à faire Camerone. Un ceinturon dans chaque mains nous avons résisté quelques longues minutes avant de succomber… Il aurait fallu être 10 Canjouan…..
La chance était avec nous, le poste de la PM se trouvait à une centaine de mètres de l’aubette de l’amirauté, et ce jour là c’était un pote qui était de garde, il nous a reconnu et a rameuté la section de garde pour venir nous soustraire des griffes de nos geôliers. Ces derniers commençaient déjà un matraquage en règle, ça tombait dru.

      Epilogue

Il est tout à fait concevable que le colon para devait avoir les boules, quant à l’amiral s’il en a tiré une fierté légitime, ça ne l’a pas empêché de nous coller au trou, à dire vrai, il ne pouvait pas faire autrement.

Nous méritions un peu de repos, tous les matins de jolies infirmières pansaient nos plaies et nos bosses, et je peux vous affirmer que l’on faisait figure de héros.

 

Canjouan

Celui qui s'empiffre c'est bien entendu Canjouan, puis Bonnal et moi de dos.

Le Mans le 05 03 2008 
JCB

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Un prénom peu ordinaire


1969 – Je vais jouer au foot contre une équipe allemande à Lübeck, sur la Baltique à la frontière de l’ex RDA.
Le Mans – Lübeck par le train, visite au pas de l’oie de cette superbe ville de 250 000 habitants, repas copieux et bien arrosé +  schnaps et ensuite … Match… en 10 minutes on avait déjà encaissé trois buts, pire que Vannes à Marseille. Je courrais avec le poing enfoncé dans les côtes pour tenter de réduire un point de côté omniprésent, inutile de remuer le couteau dans la plaie, vous ne saurez jamais le score final.
Comme de bien entendu la troisième mi-temps fut aussi mémorable que les deux précédentes ainsi que la biture qui s’ensuivit. La bière et le schnaps associés, il n’y a que les teutons pour ingurgiter autant de liquide en si peu de temps, et bien sûr pas moyen de se défiler, après la pâtée au foot il nous fallait relever la tête et lever le coude, pour le reste, tout au moins en ce qui me concerne, il aurait fallu une grue, car l’effet de l’alcool , s’il peut avoir un effet antalgique sur les coups reçus pendant le match, annihile complètement mes ardeurs sexuelles. Je comprends maintenant pourquoi en 1940 on a reçu une telle branlée.
Je suis hébergé chez un de mes adversaires, Jens Krüse et son épouse Kristel, j’en suis immédiatement tombé amoureux, elle était belle, elle était blonde, la beauté scandinave, vous voyez : non ,eh ! bien tant pis pour vous, et un adorable garçon de trois ans : Sven.

N’imaginez rien, bande de gorets, , ma tenue a été exemplaire, je me suis même refusé d’offrir des roses ( rouges) et je suis donc  reparti, le cœur brisé d’un amour impossible.

1971 – Naissance de mon troisième enfant : un garçon, fier comme un bar tabac je fonce à l’état-civil déclarer le fruit de mes entrailles. Arborant un sourire plus que satisfait, mais sans ostentation aucune, j’indique le prénom du récipiendaire. L’employée me regarde d’un air ahuri, me rétorque que ce prénom lui est totalement inconnu, qu’il ne figure pas dans l’énorme bouquin dont elle feuillette les pages, et devant mon insistance consent à faire venir son chef hiérarchique – conciliabule en aparté – un gnome s’approche et sans préambule me déclare refuser ce prénom. A son fort accent pied-noir et avec un nez qui autorise à fumer sous la douche tout en préservant sa cigarette, je situe l’énergumène et lui dit que si j’avais choisi le prénom de Moshé il aurait accepté. Et dire que je me suis battu pendant 5 ans pour essayer de lui préserver son Algérie, mais bon je suis parti trop tôt (1960), si j’y étais resté jusqu’en  1962 l’issue aurait été autre………Les ponts sont rompus.
Dans la semaine, rendez-vous au tribunal de grande instance avec le premier substitut pour conciliation. Celui-ci me déclare autoritairement qu’il donne raison au nabot de l’état-civil, je conteste, il insiste en prétextant qu’il est vendéen et qu’il ne se laissera pas faire, je persiste en  rétorquant que mes origines sont bretonnes et que l’avenir nous dira qui est le plus têtu des deux.
Il ne me reste plus qu’à intenter un procès.
Les textes disent clairement qu’un prénom qui a été porté par de grands personnages historiques, des rois, des hommes d’église doivent être obligatoirement acceptés par l’état-civil.
Fort de ces conclusions, je réunis le max de renseignements, attestations de diverses ambassades, courrier de mon ami Jens, recherches sur une année de tous les prénoms bizarres, tels que «  Clafoutis », que je présente au président du tribunal.
- Audience publique : et là il faut avoir de l’audace ou être plus con que la moyenne.
Monsieur Balisson, si vous consentez à faire baptiser votre fils nous accèderions volontiers à votre désir, en lui accordant en deuxième prénom celui que vous demandez.
Ahurissement, stupéfaction, sidération, j’en reste coït comme disait Coluche, puis je bafouille :
Mais, Monsieur le Président, il est hors de question que le  fasse baptiser puisque je suis athée et que je tiens à ce qu’il le soit également.
La semaine suivante je reçois la visite d’un huissier, celui-ci me remet une missive où il est indiqué que mon fils se prénomme : Jean-Philippe  par décision du tribunal en attendant ma réponse concernant le baptême.
A moi les fuscos, à moi la légion…..

Je tente un coup de poker :
- première donne : je m’adresse à un prêtre ( catholique) et lui demande s’il est possible de baptiser un enfant sans prénom, réponse : oui – Merde, pas de pot , j’ai tiré une paire de sept.
- Deuxième donne :  même démarche chez un pasteur ( protestant) à qui je ne cache rien, celui-ci est outré et va jusqu’à me donner une attestation précisant qu’il est totalement impossible de baptiser un enfant qui n’a pas de prénom, là c’est le poker d’as .
Je me présente  à l’audience suivante ( ça fait déjà six mois que ça dure) avec ma précieuse attestation. – Alors, M. Balisson qu’avez-vous à nous raconter cette fois-ci ? -  Rien M. le Président, seulement un document à vous présenter – Je lui  donne ce document préalablement cacheté et scotché pour que le suspense dure plus longtemps, à con, con et demi.
Vous auriez vu les tronches du Président, du premier substitut, de tout cet aréopage de glandus, dignes défenseurs de la morale et de l’équité – à vomir-
- l’affaire sera traitée en délibéré, vous pouvez disposer…..

La semaine suivante, par courrier à en-tête de la république française, on me précise, sans autres commentaires, que l’on accorde à mon fils le prénom de…..  SVEN …..
( Avec mention marginale sur le livret de famille : par jugement du tribunal….)

Doublement heureux car ce jugement a fait jurisprudence………

Aux armes citoyens
À bas tous ces morpions

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   PROCES  C.E.                         

Qu’est devenu le matricule 8137 T 54 après ses sept années de pérégrinations Bretonnes ( école des Pupilles, école des Mousses) et algériennes ( 5 ans), émaillées de circonstances pour le moins aggravantes, lubriques et loufoques ?
Bien évidemment si ma vie n’avait été qu’un long fleuve tranquille, je n’aurais rien à raconter, mais tel n’est point le cas …..
En 1961 je tente et réussis le concours d’entrée à la caisse d’épargne du Mans, je rentre par la grande porte, le piston, connaît pas.
Je suis devenu gratte-papier, le virage est difficile à prendre, mais vous le savez tout comme moi, à cœur vaillant rien d’impossible, l’être humain, surtout le fusco a une faculté d’adaptation phénoménale.
En 1970 je suis un des plus jeunes chef de service, il faut vous dire que j’ai œuvré pour le devenir, on n’a rien sans rien.
En 1984, une situation conflictuelle s’établit entre la Direction et moi pour des questions de management. Le Directeur me relève de mes fonctions ( il sera viré un an plus tard) et tente de me dégrader . Le conseil de discipline me donne raison à l’unanimité et les prud’hommes ordonnent ma réintégration ( je suis devenu simple guichetier tout en gardant mon salaire de chef de service, j’ai donc l’honneur et l’avantage d’être le guichetier le plus cher payé de France)……..
La caisse d’épargne fait appel de la décision et c’est ainsi qu’après avoir vécu ( à distance)le jour le plus long, je vais connaître le procès le plus long : 19 années.

Je synthétise :
- Deux conseils de discipline
- Trois prud’hommes
- Cour d’appel = cinq
- Cour de cassation = trois
- Juges de l’exécution = deux

Le tout, je le répète sur 19 années, et vous n’êtes pas sans imaginer que l’on a tout fait pour essayer de me déstabiliser, pour que je trébuche, que je cède, on m’a préparé des embuscades, posé des mines, le seul tort qu’ils aient eu est de ne pas avoir pris en compte mon passé et mon appartenance aux fuscos, erreur, fatale erreur, plus le combat se durcissait, plus ma détermination augmentait, tant et si bien qu’ils on perdu, les doigts dans l’C.. et que j’ai gagné, les doigts dans l’nez…..
De mémoire d’avocat, c’est une première en France…
Tout compte fait, je ne pouvais pas vivre autrement, une vie aventureuse, tumultueuse, globalement heureuse, et je ne regrette rien .

J’allais oublier:  sans l’appui d’un syndicat, étant donné que je n’étais pas syndiqué, donc seul, envers et contre tous ( avec mon avocat, puisque c’est une obligation).

CQFD, JCB_________________

 

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Posté par Balissonjc à 11:52 - Commentaires [5] - Permalien [#]